Un projet né d’un engagement citoyen et environnemental
Au cœur de la Basse Casamance, à quelques kilomètres du littoral touristique du Cap Skirring, s’étend une forêt précieuse : celle de Diembéring. Depuis 2010, ce territoire menacé est devenu un bastion de la conservation grâce à la création du Casamance Ecoparc, une réserve naturelle communautaire fondée par le GIE du même nom et animée par la vision de son initiateur, Augustin Diatta.
Né d’une volonté locale, soutenu par des ONG comme Ecofund, l’État du Sénégal et des partenaires privés comme Eiffage Sénégal, le projet s’inscrit dans une démarche globale : protéger durablement la biodiversité, lutter contre la déforestation et sensibiliser les générations futures à l’urgence écologique.
Une mosaïque d’écosystèmes menacés
Le Casamance Ecoparc s’étend aujourd’hui sur plus de 400 hectares et englobe une diversité rare d’écosystèmes : forêt primaire, mangroves, palmeraies, prairies, collines et rizières. C’est un véritable corridor écologique, entre l’océan Atlantique et le fleuve Casamance, où cohabitent arbres centenaires, oiseaux rares, singes, insectes pollinisateurs et plantes médicinales endémiques.
Cette forêt est l’un des derniers sanctuaires encore intacts de Casamance. Or, elle est confrontée aux mêmes menaces que les autres zones rurales du pays : déforestation pour le charbon de bois, braconnage, spéculation foncière et expansion de l’agriculture intensive. Le projet Ecoparc vise à renverser cette dynamique destructrice, en alliant conservation et valorisation durable.
Une réserve gérée par et pour les communautés
L’une des originalités du Casamance Ecoparc est sa gestion communautaire. C’est une réserve fondée sur une initiative privée locale, mais encadrée par des accords officiels signés avec les autorités. Les populations locales – notamment celles de Diembéring – sont au cœur du dispositif : guides forestiers, artisans, restaurateurs, éducateurs… Tous contribuent à faire vivre l’Ecoparc.
L’accès est gratuit pour les écoles, les étudiants et les chercheurs, dans un souci d’ouverture, de partage des savoirs et de justice environnementale. L’université de Ziguinchor, les lycées de Basse Casamance, l’association APES, les scouts et de nombreuses écoles partenaires organisent régulièrement des sorties éducatives sur les sentiers du parc.
Écotourisme et développement local : une ambition assumée
À quelques pas du Cap Skirring, haut-lieu du tourisme balnéaire, l’Ecoparc incarne une alternative durable et responsable. Il ne s’agit pas de transformer la forêt en parc d’attractions, mais de proposer un écotourisme respectueux des écosystèmes et des traditions locales.
C’est dans ce cadre qu’a été inauguré l’Ecolodge Sembene Ousmane, du nom du célèbre cinéaste natif de la région. Construit selon l’architecture traditionnelle diola (case à impluvium), ce lieu d’hébergement est équipé de chambres confortables, d’un restaurant, d’une salle de séminaire et de panneaux solaires. Il accueille chercheurs, étudiants, touristes, mais aussi des séjours pédagogiques de plusieurs jours.
Sentiers écologiques : éducation, science et immersion
Deux sentiers écologiques aménagés sillonnent aujourd’hui l’Ecoparc. Le premier, d’environ 45 minutes, et le second, plus long (1h30), proposent une immersion totale dans la forêt casamançaise. Le long de ces parcours, 25 panneaux éducatifs conçus en partenariat avec les étudiants de l’université de Ziguinchor renseignent sur les espèces animales, végétales, et leurs usages traditionnels.
C’est aussi un laboratoire scientifique vivant : un inventaire ornithologique récent a permis de recenser plus de 157 espèces d’oiseaux, dont certaines sont uniques à la Casamance. D’autres chercheurs étudient les lépidoptères, les plantes médicinales, ou encore les techniques agroforestières locales.
Une réponse locale aux défis globaux
Le Casamance Ecoparc est bien plus qu’un espace protégé. Il est un modèle reproductible, salué par l’ancien ministre de l’environnement Haidar El Ali comme « un exemple à répliquer dans chaque village du Sénégal ».
À l’heure où la déforestation, la perte de biodiversité et les effets du changement climatique s’accélèrent, l’Ecoparc démontre qu’il est possible, à petite échelle, de protéger une forêt tout en créant de la valeur économique, sociale et culturelle.
Conclusion : valoriser pour mieux protéger
Le slogan de l’Ecoparc est simple, mais puissant : « On protège mieux ce qu’on valorise. » C’est en donnant un sens, une utilité, une fierté aux populations locales que la forêt peut retrouver sa place : non plus comme un réservoir à exploiter, mais comme un patrimoine à transmettre.
En conjuguant conservation, écotourisme, éducation et développement, le projet Casamance Ecoparc trace un chemin inspirant pour celles et ceux qui croient en un futur plus vert, plus juste, plus enraciné dans les territoires.







